Tuesday, July 26, 2005

Les dérivés de Wehrpflicht

Dans le tableau qui suit, nous trouvons tous les dérivés de Wehrpflicht qui n’ont pas été donné dans le schéma ci-dessus. Nous avons répertorié les lexèmes par ordre d’apparition en nous basant sur la succession chronologique précédente. Des sous-titres soulignés dans la colonne de gauche permettent de se repérer. Les co-occurents contextuels montrent quels sont les lexèmes qui sont apparus dans l’entourage des formes concernant le référent « Travail » au fil du temps pour traduire un besoin particulier. Par exemple, quand les besoins en volontaires se font plus pressants, la propagande tente de jouer sur les sentiments en ajoutant le terme Väter dans l’entourage lexical de Pflicht. Cela signifie que ceux qu’ils veulent imiter leurs pères, qui ont combattu auprès des Allemands pendant le Première Guerre Mondiale, doivent accomplir leur devoir tout comme ces derniers en se portant volontaires dans l’armée allemande. Les commentaires servent à indiquer les traductions de certains mots allemands ou à expliquer comment des mots composés ou des syntagmes peuvent se substituer au lexème Wehrpflicht. Par exemple, Kampf+Pflicht peut remplacer Wehrpflicht car Kampf et Wehr appartiennent au même champ lexical celui de la guerre. Or, au départ le lexème Wehrpflicht ne peut pas être utilisé à grande échelle dans les journaux puisque le Service Militaire Obligatoire n’est pas encore institué en Alsace. On ne trouve en effet qu’une occurrence en 1942 et nous avons déjà expliqué pourquoi elle apparaissait. C’est pour cela, qu’en attendant l’introduction du Service Militaire, des substituts sont utilisés pour évoquer cette notion et préparer les Alsaciens à ce qui les attend dans un avenir proche : servir sous les drapeaux allemands.
Voir le tableau dans la colonne de gauche sur les dérivés.
Suivent la plupart des citations issues du corpus d’où ont été extraits les lexèmes figurant dans le tableau ci-dessus. Nous les avons trouvé grâce au programme Lexico3, ce qui implique que nous avons utilisé dans ce cas le corpus « restreint » dont nous nous sommes servis dans la première partie du mémoire. Nous aurions pu là encore compter les lexèmes par catégories et nous rendre compte qu’en 1943, lors de l’accentuation de la guerre, il y a probablement eu une augmentation de fréquence des lexèmes par rapport aux années précédentes. Malheureusement, le programme Lexico3 qui nous aurait permis d’évaluer rapidement les fréquences ne contient qu’un corpus relativement réduit. Les résultats que nous avons obtenus sont peu significatifs et nous n’avons pas voulu les mentionner. Cela dit, si le programme aurait pu compter les formes d’un corpus bien plus large, nous aurions pu sans doute avoir davantage de résultats.

Bei Kriegsausbruch hat er , wie alle seine Kameraden aus dem Deutschen Reich , sein Couleur mit dem feldgrauen Rock vertauscht , um an der Front seine Pflicht zu tun , wie er als Student dazu erzogen worden war (23/11/41)

Es empfiehlt sich aber gerade heute , im Augenblick der Einführung der Wehrpflicht , eine solche Betrachtung anzustellen .

Wenn es nun aber möglich war , daß die elsässischen Gefangenen als Deutsche entlassen wurden , so ist es durchaus folgrichtig , daß das Deutsche Reich auch die Wehrpflicht einführt , was übrigens heute in stark beschränktem Umfang geschieht .

hätten wir och Krieg im Westen , so würden nicht nur die jungen Jahrgänge , die jetzt zur Musterung kommen , einrücken , sondern es ständen auch alle anderen wehrpflichtigen Männer mindestens bis zu den Achtundvierzigjährigen unter den Fahnen und im Kriege ! Auch daran darf man gelegentlich denken .

Die Einführung der Wehrpflicht entspricht der geschichtlichen Tatsache des weiteren Hineinwachsens unserer Heimat ins Großdeutsche Reich .



Das heißt : Wir müssen , da wir durch das Großdeutsche Reich vor dem sicheren Untergang gerettet worden sind , auch die Pflichten übernehmen , die der Kampf dieses Reiches jedem einzelnen seiner Bewohner auferlegt . (04/09/42)


Sauerhöfer sprach zu den Gestellungspflichtigen - Wehrdienst ist Ehrendienst am Volk. Mit der Einführung der Wehrpflicht im Elsaß durch den Chef der Zivilverwaltung , Gauleiter und Reichsstatthalter Robert Wagner , auf Grund der ihm vom Führer erteilten Ermächtigung , sind die jungen Jahrgänge des Landes aufgerufen , sich in die feldgraue Front der deutschen Wehrmacht einzureihen .

Sauerhöfer , Bereichsleiter der NSDAP , um am Schluß der Vormittagssitzung das Wort an die Gestellungspflichtigen zu richten .

Der Beitrag des Elsaß in der kämpferischen Gemeinschaft erfolgt um seiner selbst willen und diese Erkenntnis wird tiefste Verpflichtung für die Söhne °sein , sich ihrer Väter im feldgrauen Rock würdig zu erweisen

Mit diesen Worten zum Auftakt der Musterungen hat sich der Kreisleiter an alle Gestellungspflichtigen gewandt , die in den nächsten Tagen mit dem Schritt zum Wehrdienst die deutsche Reichsbürgerschaft erwerben . (04/09/42)


Wie ihre Väter , so werden auch sie an der Seite ihrer deutschen Brüder ihre Pflicht bis zum letzten erfüllen . (06/09/42)


Auf die Pflichten eingehend , die sich für das Elsaß ergeben , unterstrich der Kreisleiter , daß es diesmal nicht darauf ankomme , auf billige Weise zum Sieger zu kommen , sondern , daß der Elsässer berufen sei , die geschichtliche Tatsache seiner Wiedervereinigung mit dem deutschen Reiche durch seine Beteiligung am großdeutschen Freiheitskampf zu bekräftigen .

Im einzelnen behandelte der Kreisleiter noch die jüngsten Kriegsereignisse , die Einführung der Wehrpflicht im Elsaß , die Verleihung der deutschen Staatsangehörigkeit und die Aktivierung des Opferrings . (06/09/42)


Dort findet man verwandte Seelen in Masse , dort , wo man unter angenehmen Bedingungen interniert und womöglich auch noch als bedauernswertes Opfer des Nationalsozialismus gefeiert , dort kann man sich auf jeden Fall um ehrliche Soldatenpflicht und um die Lebensgefahr des kriegerischen Einsatzes herumdrücken .

Zwischen der Nacht zum vergangenen Samstag in welcher sich im Kreis Altkirch eine 18köpfige Bande verhetzter junger Elsässer zusammenrottete , um sich mit bewaffneter Hand den Übergang über die stark gesicherte Schweizer Grenze zu erzwingen und sich ihrer Arbeitsdienst - und Wehrpflicht zu entziehen , und den Morgenstunden des gestrigen Mittwochs , in denen die Salven des Exekutionskommandos einen unwiderruflichen Schlußstrich unter dieses verbrecherische Unternehmen feiger Verräter setzten , liegen knapp vier Tage . (18/02/43)


Er macht keine großen Worte darüber - das Vaterland fordert es von ihm , es ist seine Pflicht (17/03/44)


Der Beitrag des Elsaß in der kämpferischen Gemeinschaft erfolgt um seiner selbst willen und diese Erkenntnis wird tiefste Verpflichtung für die Söhne °sein , sich ihrer Väter im feldgrauen Rock würdig zu erweisen .(04/09/42)


Im einzelnen behandelte der Kreisleiter noch die jüngsten Kriegsereignisse , die Einführung der Wehrpflicht im Elsaß , die Verleihung der deutschen Staatsangehörigkeit und die Aktivierung des Opferrings . (06/09/42)


Sie möge sich des Aufrufs des Führers , der für sie einen Auftrag bedeute , würdig erweisen . (10/11/43)


Das französische Kriegskreuz mit Palmen und das deutsche ehrwürdige Eiserne Kreuz 1 . (05/04/44)


Nous allons continuer la présentation de l’évolution du discours vue à travers le lexique en rapport avec les évènements historiques. La notion de « dignité » va t’elle suffire pour contourner le problème de la nationalité et permettre l’incorporation des Alsaciens ?

Monday, July 25, 2005

Evolution vers l’accord de la citoyenneté allemande pour tous

Ainsi, pour obtenir coûte que coûte une incorporation, le problème de la « Staatsangehörigkeit » pourrait être contourné par l’intermédiaire de la Wehrwürdigkeit (dignité au port d’armes). Cette dernière servirait alors de « clé » pour débloquer la situation mais on verra qu’elle n’y parviendra pas non plus. En effet, comment savoir qui est « würdig » et qui ne l’est pas ? D’autre part les besoins en hommes sont immenses puisque la guerre s’intensifie. Il est difficile et trop long de juger les cas un à un dans le but d’admettre ou non la dignité au port d’armes de volontaires alsaciens. Cela limiterait en outre les effectifs mobilisables et il apparaît nécessaire d’incorporer de force des classes d’âges entières. Accordant ainsi la « Reichsbürgerschaft » selon son idée après la réunion à Vinnitsa en Ukraine le 9 août 1942, le Gauleiter complexifie de ce fait particulièrement la situation. Elle devient finalement inextricable si bien que le Ministre de l’Intérieur du Reich passe outre la volonté de Wagner et décide d’accorder la « nationalité à titre révocable » aux Alsaciens le 9 juillet 1943 pour tout simplifier[1]. La « nationalité » allemande est donc accordée en masse et plus facilement. Une décision étatique a finalement été nécessaire pour résoudre un problème qui n’en finissait plus.
Maintenant que le problème de la nationalité est définitivement réglé, peut-on passer à une incorporation obligatoire des Alsaciens dans l’armée aussi facilement ? Deux problèmes se posent. Incorporer en masse signifie prendre des risques puisque la population alsacienne n’a pas été épurée totalement[2]. Il y a parmi elles des francophiles, des gens d’obédience politique opposée au fascisme… Au sein du corpus, un lexème évoque indirectement la notion générale de « pureté » en faisant ici référence à la langue. Citons l’exemple datant de 1941 qui prouve que le problème est réel depuis le début de l’Occupation.
Alte Gewohnheiten legt man nicht einfach von einem Tag auf den andern ab. So ist es schließlich kein Wunder, wenn auch heute noch so vielen für die deutsche Sache aufgeschlossenen Elsässern immer wieder ein welscher Brocken über die Zunge rütscht, ehe sie es richtig Gewahr werden. Zwar fällt wegen solch einem sprachligen Schnitzer die Welt noch lange nicht ein, und der nachlässig Sünder begeht deswegen nicht gleich einen Verrat an der deutschen Sache. Und trotzdem sollten wir alle bemühen, unsere tägliche Umgangssprache so rein wie möglich zu sprechen. Es geht nähmlich ganz gut auch ohne diese Welschen Brocken, ja im Gegenteil, das Elsässische wirkt ohne sie viel echter, lebendiger und ursprünglicher. (02/01/1941, SNN, p.6, Eine Entwelschungskasse)
La langue tout comme la population alsacienne sous l’Occupation nazie est encore trop marquée par l’influence française. C’est pour cela qu’on demande aux gens de s’efforcer de parler un allemand le plus pur possible. On se doute dès lors que les contrevenants qui ne veulent ou ne peuvent pas parler de cette façon seront mis à l’écart. La population sera ainsi épurée, fait nécessaire, répétons-le, parce que l’introduction du Wehrpflicht impliquerait l’intégration complète de l’Alsace au Reich « entspricht der geschichtlichen Tatsache des weiteren Hineinwachsens unserer Heimat ins Großdeutsche Reich ».
Es gab nach Beendigung des Westfeldzuges zwei Möglichkeiten: Entweder wurde das Elsaß als besetztes Gebiet behandelt oder es wurde praktisch als ein Teil des Großdeutschen Reiches angesehen. Über diese beiden Möglichkeiten haben manche unserer Landsleute noch nicht nachgedacht. Es empfiehlt sich aber gerade heute, im Augenblick der Einführung der Wehrpflicht, eine solche Betrachtung anzustellen. Die Einführung der Wehrpflicht entspricht der geschichtlichen Tatsache des weiteren Hineinwachsens unserer Heimat ins Großdeutsche Reich. .(04/09/1942, p.3, Es soll auch unser Sieg bleiben).
Le second problème concernant l’incorporation massive des Alsaciens implique la nécessité de procéder à un recensement des hommes mobilisables. Pourront être acceptés ceux qui sont jugés wehrwürdig, comme on l’a vu précédemment, mais également ceux qui sont jugés « récupérables » pour gonfler davantage les rangs de l’armée. Nous analyserons la notion « récupérable » un peu plus loin. Pour incorporer massivement les Alsaciens comme nous l’avons vu plus haut, il faut donc procéder à une « épuration » de la population . Une fois que ce problème sera résolu, on pourra effectuer un « recensement » qui permettra une mobilisation massive.

[1] Saisons d’Alsace, 1942 l’Incorporation de force, p. 39.
[2] Saisons d’Alsace, 1942 l’Incorporation de force, p. 33.

Sunday, July 24, 2005

Epuration

L’ « Epuration », non effectuée, ne permet pas à la « Wehrwürdigkeit » de passer outre le problème de la « Nationalité ». Nous nous baserons sur le tableau expliqué à la page 76, indiquant les différentes attitudes des Alsaciens, pour nous pencher sur les individus que les autorités allemandes souhaiteraient mettre à l’écart. Il s’agit des Alsaciens qui ne seront pas incorporés. Leur cas occasionne l’apparition de lexèmes spécifiques au sein du discours de propagande qu’il convient d’appréhender dans le cadre de cette étude car il s’agit de ceux qui sont exclus de la « communauté » et empêchés de « travailler ». Or, pour bien cerner la nature de tous les lexèmes qui peuvent appartenir aux groupes de formes que nous étudions, il faut aussi pouvoir repérer ceux qui en sont éliminés.
Les deux premières catégories recensées : les listes 2ab et 3 concernant respectivement les hommes de 18 à 48 ans jugés politiquement douteux et les « indignes » c’est-à-dire les « asociaux », les « ennemis » et les « sujets de moindre valeur raciale » vont subir de plein fouet cette « épuration »[1]. La liste 2ab concernent ceux qui n’approuvent pas les idées allemandes et l’Occupation nazie. Malgré les efforts de la propagande fasciste pour « respecter » les gens et éviter qu’ils ne se rebellent trop, il est évident que les artifices d’une propagande grossière et inhumaine ne peut pas berner un peuple à qui l’on tente d’usurper l’identité. Ceux qui n’ont pas été convaincu se rebellent. Toute l’ambivalence de cette idéologie divagante et intolérante apparaît. Premièrement, elle tient un discours mystique, supranational et supra-individuel comme si c’était son seul intérêt apparent et sa seule consistance. En effet, elle se bat pour un « espace vital » commun et nie l’individu. Deuxièmement, elle laisse transparaître sa réelle nature anti-humaine lorsqu’elle se trouve confrontée à une résistance et passe alors du général au particulier en concentrant tout son pouvoir inquiétant d’harcèlement sur l’ « individu » prétendument nié l’instant d’avant. On ne compte plus les récupérer et on espèrent qu’ils se fassent dénoncer. L’épuration se traduit sémantiquement par des néologismes de toute sorte. Voyons quelques exemples. On traite de tous les noms ceux qui résistent, de « têtes trouées » (Hohlköpfe) qui se trompent lourdement (täuschten sich furchtbar).
Diese bürgerlichen Hohlköpfe täuschen sich furchtbar (l. 26 et 27)
Ganz Europa wäre verloren und mit Europa auch alle seine bürgerlichen Hohlköpfe (l. 30 à 32, 22/06/1942, SNN, p. 1, Es gibt keine Neutralität in diesem Kampf)
Selon la presse, les Alsaciens qui refusent que la langue officielle (die Umgangssprache) en Alsace allemande (im deutschen Elsaß) devienne l’Allemand (die deutsche Sprache ist) sont traités d’ « éléments incorrigibles » (unbelehrbare Elemente).
([…] die Umgangssprache im deutschen Elsaß auch die deutsche Sprache ist […] ). Die staatliche Organe haben Anweisung, auch weiterhin mit erhöhter Aufmerksamkeit gegen derartige unbelehrbare Elemente vorzugehen (l. 22 à 26, 28/03/1943, SNN, p. 4, Im deutschen Elsaß wird deutsch gesprochen)
Wagner confirme qu’ici aussi en Alsace, il y avait plein de « pernicieux » (Böswillige).
Es gab damals zweifellos viele Böswillige- auch hier im Elsaß – die nur den einen Wunsch hatten, daß Deutschland geschlagen aus diesem neuen Krieg hervorgehen möge (l. 9 à 12, 22/06/1942, SNN, p. 1, Gauleiter Robert Wagners große Rede in Kolmar)
Les « têtes de choux » (Kohlköpfe) qui disent automatiquement « non » (Neinsager) sont appelés ironiquement les « merveilleux » (Wunderschönen) justement parce que les choux sont au contraire tout à fait « inesthétiques » (unästhetischen Kohlköpfe)
Straßburgs Ruf und die Kohlköpfe (l. 13) […] gewisse grundsätzliche Neinsager die Nase rümpfen und den Ruf der „Wunderschönen“ durch die „unästhetischen Kohlköpfe“ auf den früheren Grundflächen bedroht sehen (l. 18 à 21, 19/02/1943, SNN, p. 2, Straßburg verwirklicht eine Parole des Gauleiters Robert Wagner)
Ils sont malmenés. Les critiques sont crues. Ce sont des « traîtres à leur propre nature et destinée » proclame la propagande.
Du bist ein Verräter an Deinem Namen, an Deiner Sprache, an Deinem Volkstum, an Deinem Blut, kurz, an Deiner eigenen Natur und Bestimmung (sous-titre) (29/03/43)
Suivent les « ennemis » du Reich parmi lesquels on trouve les « traîtres » c’est-à-dire ceux qui luttent activement contre le régime nazi. Il n’est pas question de tolérer les agitateurs tandis que la situation militaire est dans une mauvaise passe[2]. Les « opposants » sont envoyés dans les Sondergericht appliquant la législation allemande quand il s’agit d’un cas concernant la défense du Reich, dans les Reichskriegsgericht qui jugent les crimes contre la défense du Reich ou enfin dans les Volksgerichtshof destinés à ceux qui s’opposent au régime. Le fameux attentat du 20 juillet 1944 y fut d’ailleurs jugé par le sinistre Freisler2. Les réfractaires, les traîtres sont punis sévèrement : exécutés ou envoyés en camp de concentration.
L’Alsace doit être certaine (Elsaß darf versichert sein) que les actes de trahison (die verräterischen Umtriebe) d’une petite minorité (einer kleinen Minderheit) ne nuira plus au pays. Ils seront évacué ou tués. Bref, expulsés du territoire. Les deux autres citations précisent que les traîtres (Verräter) l’ont payé de leur vie (mit ihrem Leben […] dafür bezahlt) et on leur promet de les anéantir (Vernichtung).
Das anständige Elsaß aber darf versichert sein, daß ich die verräterischen Umtriebe einer kleinen Minderheit nicht zum Maßstab für die Bewertung des gesamten Landes mache (l. 47 à 51, 29/03/1943, SNN, p. 2, „ Du bist kein Franzose, du bist ein deutscher Verräter!“)
Mit ihrem Leben haben die Verräter dafür bezahlt, daß sie glaubten, sich aus egoistischer Feigheit der selbstverständlichen Pflicht entziehen zu können (l. 21 à 25, 17/02/1943, SNN, p. 1, Tödlicher Verrat, von Franz Moraller)
[…] sich mit Zweideutigkeit und Verrat um seine völkische Verpflichtung […] das Schicksal der Verräter von Altkirch vor Augen und denke an das Wort, das Gauleiter Robert wagner in Zabern sprach „ Dem Freund die offene Hand, dem Gegner aber die rücksichtlose Vernichtung!“ Das deutsche Elsaß wird ihm einst Dank dafür wissen, daß er dieses Wort nicht nur sprach, sondern auch […] erfüllte (l. 256 à 267, 17/02/1943, SNN, p. 1, Tödlicher Verrat , von Franz Moraller)
Parmi les ennemis se trouvent également les francophiles contre qui la propagande se déchaîne. Si on ne prétend ne pas être allemand (kein Deutscher) mais se sentir français (ich bin Franzose), la propagande rétorque qu’on n’est pas français (kein Franzose) mais un traître allemand (du bist ein deutscher Verräter). On devient en tant que tel, un « ennemi » du Reich.
[…] ich bin dennoch kein Deutscher, ich bin Franzose (sous-titre)
[…] d. h. ich fühle mich als Franzose, dann kaum ich nur erw idern : du bist kein Franzose, du bist ein deutscher Verräter (sous-titre, (29/03/1943, SNN, p. 2, „ Du bist kein Franzose, du bist ein deutscher Verräter!“)
Au sein de ceux qui ne sont pas « dignes », il faut mentionner pour terminer ceux qui sont de « moindre valeur raciale ». Cette dernière catégorie concerne entre autres ceux qui ont des origines non pas alsaciennes mais clairement françaises. Viennent s’y ajouter les juifs « alsaciens » qui se transforment non pas en juifs « allemands » mais restent juifs « français » contrairement au reste de la population qui passe d’ « Alsaciens » à « Allemands ». Notons au passage que cette exception dans la mutation sémantique générale du caractère « alsacien » attribué à la population, non plus « française » mais « allemande », reste plus ou moins typique à l’Alsace. L’épuration d’une population se lie ici au concept de « mouvement ». Ceux qui ont une attitude positive risquent d’être envoyés sur le front. Ceux qui sont neutres et qui peuvent être « récupérés » ou « rééduqués » risquent d’être transférés umgesiedelt en Allemagne et les « indignes » finiront expulsés en « France de l’intérieur » ou emmenés en camp de concentration. L’épuration de la population étant résolue, les autorités vont enfin pouvoir recenser la population pour repérer ceux qui se prêtent le mieux à une incorporation dans l’armée allemande.

[1] Saisons d’Alsace, 1942 l’Incorporation de force, p. 34-35.
[2] SAISONS D’ALSACE, 1943 La Guerre Totale, p. 18.
2 SAISONS D’ALSACE, 1943 La Guerre Totale, p. 21.

Friday, July 22, 2005

Recensement

La circulaire du 5 mars 1942[1] indique aux Kreisleiter de recenser les personnes majeures susceptibles de devenir membres du parti et de son organisation. Connu sous le nom de « Code du 19 Juin », il prévoit qu’on fournisse cinq listes différentes pour le 1er avril. Voici donc les cinq critères de sélection des individus correspondant à ces listes[2]. Ils désignent en fait les différentes attitudes des Alsaciens vis-à-vis de l’idéologie nazie. Nous avons trouvé ce tableau en Français dans les Saisons d’Alsace et nous l’avons recopié tel quel sans pouvoir proposer la version originale en allemand dans ce mémoire. Si nous l’avions lue en allemand, nous aurions pu chercher à savoir si les lexèmes qu’elle contient se trouvent dans notre corpus.
Voir le second tableau dans la colonne de gauche.
Les listes 1a et 2aa vont servir pour établir l’« incorporation » des Alsaciens. La liste 2a représente un groupe d’hommes possibles à « récupérer ». Puisqu’il n’est plus question de la seule Würdigkeit pour passer à l’incorporation d’un individu dans l’armée, nous pourrions nous demander comment se traduit, après le 19 juin dans la presse, cet esprit de « tolérance » de la part des autorités du Reich, qui jugent aptes à intégrer dans les rangs allemands des individus aux attitudes plus variées (positive, neutre et douteuse). Les deux dernières catégories concernent quant à elles les portions de population dont l’Occupant veut se débarrasser. D’apparence non-spécifiques, on pourrait imaginer que de tels critères aient pu être imposés à des sujets du Reich mais ils concernent bien le cas des Alsaciens. Une fois des lexèmes répertoriés, nous aurions pu dessiner un schéma montrant l’évolution de la notion de Würdigkeit imposée par la réalité de la guerre. On note au passage que cette dernière et son cortège d’éventuelles défaites vont forcer le caractère obtus de l’idéologie nazie à devenir plus « tolérant », ce qui lui permettra de survivre plus longtemps. Mais en définitive, son inadaptation à la réalité terrestre et humaine la voue d’emblée à posséder une ouverture d’esprit insuffisante pour perdurer.
Revenons-en aux individus sur qui se porte l’intérêt c’est-à-dire ceux que l’on tente de faire participer à la guerre et au travail plus en général auprès des Allemands. On les considère comme des « compagnons de travail » ou « de lutte ». Les référent « Travail » et « Communauté » se rejoignent ici pour déboucher sur la formation de lexèmes originaux dans les SNN. Les indispensables néologismes, mis en place par la propagande au sein du discours pour exprimer les changements qui surviennent[3], sont des lexèmes tels que Frontkameraden, HJ-Kameraden, Volksgenossen, Workgenossen, Verbündeten et versammelten Weltkriegsteilnehmer. En les observant, on s’aperçoit qu’on peut facilement les classer en fonction de l’aspect qu’ils peuvent prendre au sein du discours nazi au début, avant toute évolution, et puis en fonction des transformations qui vont être opérées suite à la mise en place du travail et de la venue de la guerre plus tard. Or, selon l’Ecole de Prague, les « différents usages que l’on fait du langage peuvent avoir des répercussions sur la structure […] lexicales de la langue »[4]. Au sein du tableau qui suit nous voyons l’évolution de trois variantes de ce que l’on pourrait traduire par « camarade » en Français : Kamerad, Volksgenossen, Freunden. Tous appartiennent au groupe « Communauté » et désignent les individus qui y appartiennent. Dans le cas du lexème « Kamerad », l’apport des sèmes « Travail » ou « Guerre » se répercute par l’adjonction des préfixes « H-J-« et « Front-« . Il y a également un ajout d’affixe dans le cas de : « -genossen » quoiqu’il s’agit plutôt d’un remplacement « Werk-« prend la place de « Volk-«. Nous avons regroupé les autres lexèmes dans la dernière colonne.

[1] Saisons d’Alsace, 1942 l’Incorporation de force, p. 54.
[2] Saisons d’Alsace, 1942 l’Incorporation de force, p. 34-35.
[3] Aïno Niklas-Salminen, La lexicologie, p. 85 et 86.
[4] G. Siouffi, 100 fiches pour comprendre la linguistique, p. 170 et 171.