Recensement
La circulaire du 5 mars 1942[1] indique aux Kreisleiter de recenser les personnes majeures susceptibles de devenir membres du parti et de son organisation. Connu sous le nom de « Code du 19 Juin », il prévoit qu’on fournisse cinq listes différentes pour le 1er avril. Voici donc les cinq critères de sélection des individus correspondant à ces listes[2]. Ils désignent en fait les différentes attitudes des Alsaciens vis-à-vis de l’idéologie nazie. Nous avons trouvé ce tableau en Français dans les Saisons d’Alsace et nous l’avons recopié tel quel sans pouvoir proposer la version originale en allemand dans ce mémoire. Si nous l’avions lue en allemand, nous aurions pu chercher à savoir si les lexèmes qu’elle contient se trouvent dans notre corpus.
Voir le second tableau dans la colonne de gauche.
Les listes 1a et 2aa vont servir pour établir l’« incorporation » des Alsaciens. La liste 2a représente un groupe d’hommes possibles à « récupérer ». Puisqu’il n’est plus question de la seule Würdigkeit pour passer à l’incorporation d’un individu dans l’armée, nous pourrions nous demander comment se traduit, après le 19 juin dans la presse, cet esprit de « tolérance » de la part des autorités du Reich, qui jugent aptes à intégrer dans les rangs allemands des individus aux attitudes plus variées (positive, neutre et douteuse). Les deux dernières catégories concernent quant à elles les portions de population dont l’Occupant veut se débarrasser. D’apparence non-spécifiques, on pourrait imaginer que de tels critères aient pu être imposés à des sujets du Reich mais ils concernent bien le cas des Alsaciens. Une fois des lexèmes répertoriés, nous aurions pu dessiner un schéma montrant l’évolution de la notion de Würdigkeit imposée par la réalité de la guerre. On note au passage que cette dernière et son cortège d’éventuelles défaites vont forcer le caractère obtus de l’idéologie nazie à devenir plus « tolérant », ce qui lui permettra de survivre plus longtemps. Mais en définitive, son inadaptation à la réalité terrestre et humaine la voue d’emblée à posséder une ouverture d’esprit insuffisante pour perdurer.
Revenons-en aux individus sur qui se porte l’intérêt c’est-à-dire ceux que l’on tente de faire participer à la guerre et au travail plus en général auprès des Allemands. On les considère comme des « compagnons de travail » ou « de lutte ». Les référent « Travail » et « Communauté » se rejoignent ici pour déboucher sur la formation de lexèmes originaux dans les SNN. Les indispensables néologismes, mis en place par la propagande au sein du discours pour exprimer les changements qui surviennent[3], sont des lexèmes tels que Frontkameraden, HJ-Kameraden, Volksgenossen, Workgenossen, Verbündeten et versammelten Weltkriegsteilnehmer. En les observant, on s’aperçoit qu’on peut facilement les classer en fonction de l’aspect qu’ils peuvent prendre au sein du discours nazi au début, avant toute évolution, et puis en fonction des transformations qui vont être opérées suite à la mise en place du travail et de la venue de la guerre plus tard. Or, selon l’Ecole de Prague, les « différents usages que l’on fait du langage peuvent avoir des répercussions sur la structure […] lexicales de la langue »[4]. Au sein du tableau qui suit nous voyons l’évolution de trois variantes de ce que l’on pourrait traduire par « camarade » en Français : Kamerad, Volksgenossen, Freunden. Tous appartiennent au groupe « Communauté » et désignent les individus qui y appartiennent. Dans le cas du lexème « Kamerad », l’apport des sèmes « Travail » ou « Guerre » se répercute par l’adjonction des préfixes « H-J-« et « Front-« . Il y a également un ajout d’affixe dans le cas de : « -genossen » quoiqu’il s’agit plutôt d’un remplacement « Werk-« prend la place de « Volk-«. Nous avons regroupé les autres lexèmes dans la dernière colonne.


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